Philosophie

PRÉAMBULE

« Le territoire est une oeuvre d’art : peut-être la plus noble, la plus collective que l’humanité ait jamais réalisée. Contrairement à la plupart des œuvres techniques ou artistiques (qu’il s’agisse de peinture, ou de sculpture) issues du façonnement par l’homme de matériaux inanimés, le territoire est le produit d’un dialogue poursuivi entre des entités vivantes, l’homme et la nature, dans la longue durée de l’histoire.

Le territoire est le fruit d’un acte d’amour, il naît de la fécondation de la nature par la culture. En tant que néo-écosystème, il est doté d’un cycle de vie : il est soigné et entretenu, il atteint sa maturité spécifique, il est menacé par le vieillissement et la mort. Mais susceptible de renaître, il revêt un caractère, une personnalité, une identité, affirmés dans les traits du paysage.

La qualité de notre habiter s’est peu à peu dégradée. La forme de la métropole et la façon dont elle consume les ressources humaines et territoriales s’avère l’un des principaux facteurs contribuant à la dégradation environnementale de la planète, à l’accroissement exponentiel de sa population et à la nouvelle pauvreté qui sévit dans les banlieues du monde entier. Une renaissance s’impose donc, moyennant de nouveaux actes fondateurs, capables de produire à nouveau du territoire ou plutôt de nouvelles relations fertiles entre les établissements humains et le milieu naturel. C’est dans ces actes recréateurs de territoire que réside le germe d’un développement réellement soutenable, c’est-à-dire des retrouvailles avec une relation vertueuse ou encore une nouvelle alliance entre nature et culture : le développement auto-soutenable. »

Alberto Magnaghi, Le projet local

UNE PRATIQUE ENGAGÉE

L’agence TAIS se concentre sur toutes les échelles de projet et sur une variété de programmes. Chaque projet est un nouveau défi de recherche et d’expérimentation, des dessins de conception aux solutions techniques de constructions. Dans sa vision renouvelée de projet local, son travail se concentre sur l’analyse et se porte sur la qualité des espaces de vie et de la compréhension de la ville. De bâtiments singuliers à l’urbanisme repensé, le territoire est un des sujets fondateurs de son travail, qui parallèlement se développe et se recoupe sur des thèmes majeurs : culture, économie, société et environnement, de la simple parcelle à l’évolution des grandes villes.

Valoriser les ressources et la culture des territoires qui nous accueillent.
Nous sommes responsables de l’empreinte des bâtiments que nous construisons. Nous défendons une pratique citoyenne, consciente de son impact sur l’environnement global et local. L’architecture territoriale s’inscrit dans un milieu spécifi que qu’il est nécessaire de mettre en valeur. Pour cela chaque projet est d’abord analysé à l’échelle du territoire pour répondre aux besoins locaux et affirmer la culture du lieu.

L’écologie au cœur du projet
Notre démarche s’inscrit dans une perspective militante où l’architecture est intimement associée aux stratégies environnementales. Le comportement “passif ” des constructions permet à la fois, d’obtenir de grandes performances énergétiques,et de minimiser l’impact des équipements et des systèmes techniques.

Assurer l’adaptabilité et l’évolutivité des ouvrages
Si l’architecture intègre mieux son cycle de vie, elle saura s’adapter aux usages et évoluer intelligemment. Nous proposons des constructions réversibles, et une évolution des stratégies patrimoniales. L’épuisement des ressources et l’accumulation des déchets interrogent aujourd’hui les conditions futures de production de l’architecture. Et si construire passait aussi par le réemploi des matériaux qui existent en leur trouvant une seconde vie ? Un bâtiment représente une masse importante de matériaux qui, lorsque l’édifice arrive en fi n de vie, ne trouvent d’autres
usages que de remplir nos déchetteries. Les projets métropolitains, en particulier dans les pays émergents, vont accélérer la construction et donc augmenter les besoins en matériaux. C’est pourquoi la réutilisation et le recyclage constituent l’un des grands défis pour les années à venir, et une grande opportunité.

Economie circulaire et démarche collaborative
Notre démarche propose des filières mixtes et collaboratives, faisant largement appel à la préfabrication. Chaque matériau est utilisé là où il est le plus performant, avec comme corollaire une simplification des interfaces. Nous établissons un lien direct entre les modes constructifs et l’écriture architecturale, en défendant un certain réalisme, qui consiste à dessiner ce qui peut facilement se construire. L’architecte doit pouvoir concevoir en minimisant l’énergie grise, la quantité d’énergie nécessaire à la production et à la fabrication des matériaux. C’est aussi grâce à ce type de contraintes que des écritures architecturales inédites verront le jour : il ne s’agira plus uniquement de produire pour construire, mais de s’approprier les sources existantes et susceptibles de donner forme et vie à nos bâtiments. L’économie circulaire est un moteur de l’innovation en architecture.

 

UNE ACTIVITÉ DIVERSIFIÉE

Coopération internationale et enseignement
Il est aujourd’hui nécessaire de repenser les notions de sous-développement dans le cadre de la coopération internationale. Ce concept de développement local auto-soutenable est la reconnaissance de la diversité des cultures et la fin des relations culturelles hiérarchisées. Ainsi le modèle hégémonique de la ville-usine sectorisée doit être remplacé par des styles de développement multiples et spécifiques.
Les administrations locales ne sont plus considérées comme de simples agents d’exécution de décisions venus de l’extérieur, mais sont à l’initiative de stratégies locales de développement. A la différence, le rôle des acteurs exogènes est d’apporter une connaissance et une technique favorisant l’autodétermination et l’autonomie. J’envisage mon travail comme un soutien à la participation des instances locales et des habitants, que ce soit dans l’élaboration de programmes ou dans les prescriptions défi nies dans les documents.
Il ne faut en aucuns cas importer des modèles préconçus, mais sensibiliser les participants aux valeurs territoriales pour qu’elles deviennent les fondements de nouveaux projets et de nouveaux scénarios.
Il faut inverser le processus de métropolisation sur un modèle centro-périphérique qui a produit dans le tiers-monde des mégalopoles non maîtrisées, de la ville illégale, et l’appauvrissement des campagnes pour interroger la complexité du territoire et lutter efficacement contre la pauvreté et la dépendance.
Ce type de coopération modifie les relations Nord-Sud pour de plus en plus d’échanges multilatéraux pour lutter contre le sous-développement. Ces échanges se concrétisent par des jumelages de compétences, des projets communs de relations entre universités, instituts de recherche…

Emprise locale
L’étalement urbain et une occupation excessive du sol, la consommation massive d’énergie, la pollution, l’utilisation de ressources non renouvelables, l’établissement de nouvelles pauvretés en périphérie caractérisent les grandes zones métropolitaines à l’échelle de toute la planète. Elles sont souvent interprétées comme le reflet de l’impérialisme occidental, de la société capitaliste et industrielle développée, modèle insoutenable qui tend pourtant à s’exporter.
Nous nous sommes progressivement affranchis du territoire, utilisé comme simple support technique d’activités et de fonctions économiques. Le fordisme et la production de masse utilise le territoire en termes de plus en plus réducteurs sans tenir compte de ses caractéristiques environnementales, culturelles et identitaires, où le consommateur a remplacé l’habitant dans une logique de croissance illimitée. La localisation devient indépendante de la relation avec le territoire.
Cette critique n’encourage pas un retour à une ville pré-moderne et rurale, elle affirme plutôt que la métropole contemporaine détruit la singularité des lieux, leurs complexités, en recouvrant le territoire de fonctions et de non-lieux. Identiquement reproduite à l’échelle mondiale, elle nie la diversité et les différences. On assiste à une forme d’ « insularisation » : la ville historique muséifiée, le quartier d’affaire, le quartier universitaire, la périphérie résidentielle, les zones industrielles, les espaces naturels, la zone commerciale…
Sans prise en compte de la contrainte territoriale, on implante des activités n’importe où et n’importe comment, ce qui crée des dépendances. La métropole doit alors s’alimenter de multiples ressources extérieures et cela engendre une hiérarchisation des territoires. Le centre rejette dans la périphérie ses fonctions les moins nobles et développe ainsi de nouvelles formes de pauvreté.
En s’aff ranchissant ainsi du territoire, l’établissement développe une ignorance de son propre environnement, simple support d’activités dans des sites indifférenciés.
Le déracinement de l’architecture et des diff érents établissements humains, coupés de leur sous-sol, de leur sol, désolidarisés de leur climat, de la lumière qui les baigne et de leur histoire interrompent le processus qui engendre le paysage en garantissant sa reproductibilité et son identité.